Utilité et limites des potentiels évoqués corticocorticaux dans la chirurgie de l'épilepsie résectrice pédiatrique : cas illustratif
Utility and limitations of cortico-cortical evoked potentials in pediatric resective epilepsy surgery: illustrative case.
L’essentiel
Cet article rapporte le cas d'un adolescent de 15 ans ayant bénéficié d'une résection d'une tumeur associée à l'épilepsie de longue durée (LEAT) dans la région pariéto-occipitale gauche, à proximité des voies du langage et de la vision. Des potentiels évoqués corticocorticaux (CCEP) du flux dorsal du langage guidés par tractographie et des potentiels évoqués visuels (PEV) ont été utilisés en peropératoire sous anesthésie générale pour minimiser les déficits postopératoires. Pendant la résection, l'amplitude et la latence de N1 des CCEP sont restées stables ; la latence de N2 s'est allongée de 23 % (de 11,3 à 14,0 ms). L'amplitude de P100 des PEV a diminué transitoirement d'environ 80 % en peropératoire et a récupéré à environ 20 % sous la valeur initiale à la fermeture. L'IRM postopératoire a montré un infarctus ischémique sous-cortical dans la substance blanche périventriculaire occipitale impliquant le faisceau fronto-occipital inférieur, le faisceau longitudinal inférieur et les radiations optiques. En postopératoire, le patient a présenté une dysphasie et une hémianopsie latérale homonyme droite. Le patient est resté sans crise avec une amélioration de la parole au suivi de 18 mois. Les CCEP, PEV et la tractographie per- et postopératoires ont leurs utilités et limites pour surveiller et évaluer l'intégrité des voies de substance blanche du langage et de la vision. Ce cas souligne un infarctus sous-cortical lié aux perforantes après résection de LEAT, souvent sous-reconnu, et suggère une possible relation entre l'accident vasculaire sous-cortical et les changements de latence de N2 qui mérite d'être étudiée.
- Les CCEP et PEV peropératoires peuvent surveiller l'intégrité des voies du langage et de la vision pendant la résection de tumeurs épileptogènes chez l'enfant.
- La latence de N2 des CCEP s'est allongée de 23 % en peropératoire, tandis que l'amplitude de P100 des PEV a chuté transitoirement de 80 % avant de récupérer partiellement.
- L'IRM postopératoire a révélé un infarctus sous-cortical occipital impliquant les faisceaux fronto-occipital inférieur et longitudinal inférieur ainsi que les radiations optiques.
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Synthèse
Cet article rapporte le cas d'un adolescent de 15 ans ayant bénéficié d'une résection d'une tumeur associée à l'épilepsie de longue durée (LEAT) dans la région pariéto-occipitale gauche, à proximité des voies du langage et de la vision. Des potentiels évoqués corticocorticaux (CCEP) du flux dorsal du langage guidés par tractographie et des potentiels évoqués visuels (PEV) ont été utilisés en peropératoire sous anesthésie générale pour minimiser les déficits postopératoires. Pendant la résection, l'amplitude et la latence de N1 des CCEP sont restées stables ; la latence de N2 s'est allongée de 23 % (de 11,3 à 14,0 ms). L'amplitude de P100 des PEV a diminué transitoirement d'environ 80 % en peropératoire et a récupéré à environ 20 % sous la valeur initiale à la fermeture. L'IRM postopératoire a montré un infarctus ischémique sous-cortical dans la substance blanche périventriculaire occipitale impliquant le faisceau fronto-occipital inférieur, le faisceau longitudinal inférieur et les radiations optiques. En postopératoire, le patient a présenté une dysphasie et une hémianopsie latérale homonyme droite. Le patient est resté sans crise avec une amélioration de la parole au suivi de 18 mois. Les CCEP, PEV et la tractographie per- et postopératoires ont leurs utilités et limites pour surveiller et évaluer l'intégrité des voies de substance blanche du langage et de la vision. Ce cas souligne un infarctus sous-cortical lié aux perforantes après résection de LEAT, souvent sous-reconnu, et suggère une possible relation entre l'accident vasculaire sous-cortical et les changements de latence de N2 qui mérite d'être étudiée.
Résultats principaux
Les CCEP et PEV peropératoires peuvent surveiller l'intégrité des voies du langage et de la vision pendant la résection de tumeurs épileptogènes chez l'enfant. La latence de N2 des CCEP s'est allongée de 23 % en peropératoire, tandis que l'amplitude de P100 des PEV a chuté transitoirement de 80 % avant de récupérer partiellement. L'IRM postopératoire a révélé un infarctus sous-cortical occipital impliquant les faisceaux fronto-occipital inférieur et longitudinal inférieur ainsi que les radiations optiques. Le patient a présenté une dysphasie et une hémianopsie homonyme droite après la chirurgie, mais est resté sans crise avec une amélioration de la parole à 18 mois. Ce cas suggère une association possible entre l'infarctus sous-cortical et les modifications de latence de N2, à explorer dans de futures études.
Repères pour la pratique
Les CCEP et PEV peropératoires peuvent aider à guider la résection chirurgicale des lésions épileptogènes proches des voies du langage et de la vision chez l'enfant. Une surveillance peropératoire multimodale (CCEP, PEV, tractographie) peut contribuer à réduire les déficits postopératoires, mais ne les élimine pas complètement. Les modifications de latence de N2 pourraient être un indicateur précoce de lésion sous-corticale, nécessitant une vigilance accrue lors de la résection. La survenue d'un infarctus sous-cortical après résection de LEAT doit être recherchée, même en l'absence de modification peropératoire majeure des potentiels évoqués.
Limites et précautions
L'article est un rapport de cas unique, avec un niveau de preuve faible. Il aborde des aspects de neuropsychologie et de neurochirurgie, mais son intérêt pour la veille NeuroWatch est modéré car il ne traite pas directement d'un trouble neurodéveloppemental, mais plutôt d'une complication chirurgicale chez un adolescent épileptique. Il s'agit d'un rapport de cas unique, limitant la généralisation des résultats. Les mesures peropératoires sont réalisées sous anesthésie générale, ce qui peut influencer les potentiels évoqués. L'absence de groupe témoin ne permet pas d'établir une relation causale entre les modifications des CCEP et l'infarctus sous-cortical. Le suivi est limité à 18 mois, ne permettant pas d'évaluer les séquelles à long terme.